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Professeur Larue Penseur Mondain

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proflarue

Description :

Un Blog sur le temps et le lieu, le Cinquième arrondissement de Paris, une vie de quartier vue à travers la fête et l'écriture, un carnet de voyage sur un petit territoire.
Le Professeur Larue est né au sommet de la montagne Ste Geneviève, il a une place à son nom : une jolie plaque de la ville de Paris, une doctrine et des rites, l'élection des blaireaux et des blairottes d'or, l'élection de miss Montagne Ste Geneviève par les 7 n'huns, l'enterrement du beaujolais nouveau, La Compagnie du Martinet heureux, l'alliance avec la Grappe Joyeuse...
Il se promène également dans Mouffetard côté sud vers St Médard où il a tendance à passer du temps au VAP (le Verre à Pied, 118 bis Rue Mouffetard) et aux papillons, 20 m plus loin, avec plein d'amis. Pour poursuivre l'aventure, le Vantard de la Mouffe est né, un journal mensuel qui parle de notre quartier.

Mes blogs favoris :
Philippe di Folco : http://www.philippedifolco.info/
Gritoland : http://www.a12g.com/blog/
Julia : lesruesenpente.blogspot.com

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111. Lignes de fuite
Dans mon quartier, toute ½uvre est un monde en fuite. Les artistes le savent, ils ont plusieurs passeports comme autant de principes d'élaboration.
 
112. Recrimination Blues
Dans mon quartier, même les victimes se sentent supérieures : à l'abri de toute amélioration de leur sort, elles se prélassent dans le présent du carré Very Important Victim.
 
113. Relativisme
Dans mon quartier, par peur du devenir, il ne faut jamais dire son nom, ne rien aimer, ne rien toucher, ne rien boire... Ah ! non, ça, c'est dans un autre arrondissement, chez nous, les "épaves voluptueuses" flottent encore dans les rues.
 
114. Bouquet
Dans mon quartier, on cultive le vide, on l'arrose d'absence, pour mieux l'enflammer.
 
115. Fantômes
Dans mon quartier, les rêves délaissés se révoltent et se réincarnent dans des actes dits gratuits.
 
116. Brand Story
Dans mon quartier, le diable possède une maison de mode, des marques qui professent le conformisme des morts.
 
117. Abandon du poil de la bête et du cheveu sur la langue
Dans mon quartier, le poil est devenu un enjeu, la tonte est devenue préventive. Les phobies hygiénistes se révèlent pour faire reculer la bête : ça ratiboise de partout, les oukases se prononcent, les teddy-bears tremblent au fond de leur lit, même les poils dans la main se font du souci. Les pelouses se font tondre, auraient-elles toutes couché avec l'occupant : les soldats de l'armée normative ?
 
118. La ronde cérémonielle des êtres
Dans mon quartier, tout le monde a des rêves ou des idées, mais personne ne songe vraiment à les faire aboutir, par peur de gêner les autres. Seuls, ceux qui tentent d'exister viennent troubler l'archipel des solitudes.
 
119. Superficiels ?
Dans mon quartier, on accuse ceux qui pensent d'oublier le corps et ses tourments. Il n'en est rien, les passions contrariées par le raisonnement et les spéculations n'en sont que magnifiées. Les autres baisent mécaniquement.
 
120. Transactions intimes
Dans mon quartier, tout échange est théâtral : sur la place du marché, chacun connaît sa place, les mots du rituel, le costume, le personnage. Tout a l'air normal et bien huilé, mais voilà, un sourire, un geste inattendu, un mot murmuré réduisent l'abstraction des rapports.
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#Posté le samedi 31 mars 2012 06:36

Le pli du monde, mon quartier

Le pli du monde, mon quartier
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#Posté le samedi 31 mars 2012 06:28

101. Nostalgie
Dans mon quartier, il y a de drôles d'oiseaux. Des chauves-souris bavardes, gros pifs ou grandes oreilles, obsédées par tout ce qui les précède et des hirondelles qui accueillent le hasard et n'ont besoin que de l'air pour être libres.
 
102. Quel Pastis !
Dans mon quartier, il est facile de mourir d'un excès de lucidité. On se souvient de votre voiture qui était toujours garée là, et un jour, elle finit à la fourrière de l'injustice.
 
103. Rien n'existe
Dans mon quartier certains oublient de vivre, mais il y a toujours plus fort, ceux qui prétendent avoir oublié de naître. Ils font rapidement le vide autour d'eux, il n'y a pas grand monde pour remplir leur verre.
 
104. Faut se soigner
Dans mon quartier, on raconte ses problèmes à Madame l'éponge métaphysique. Elle veut bien jouer ce rôle d'illusions et de certitudes pour confirmer que les choses vont mal depuis le début.
 
105. Bye bye Socrate.
Dans mon quartier, pour ne pas s'attacher, certains se voilent la face. Ils détruisent tout ce qu'il y a de plus intime en eux et autour d'eux. Le vertige d'une vie opportuniste, pour éviter de se connaître.
 
106. Mauvaise herbe
Dans mon quartier, on abandonne ses mauvaises habitudes à l'Assistance Publique, pour mieux les retrouver à leur majorité.
 
107. "T'as rien compris à la vie"
Dans mon quartier, la vie ½uvre d'art n'est pas un vain mot. Trouver quelque chose qui nous dépasse et nous fait vivre pour nous-mêmes. Ce qui fait résonner étrangement : "Je n'ai besoin de personne en Harley Davidson".  Cette chose n'est ni un objet, ni une personne mais bien la construction d'un mode d'être qui prend son sens dans la vie même en se détruisant. Là je me suis dépassé...
 
108. Presse citron
Dans mon quartier, personne n'est pressé de tout perdre ou de réussir. La hâte est vulgaire, seuls les fous et les enfants ont assez de foi s'exprimer librement, à leur vitesse.
 
109. St Crétinisme.
Dans mon quartier, on se raconte des histoires pour ne pas mourir. Sur les pelles Starck, les faits et les vies glorieuses, miracles, exorcismes, autant de mythes collectifs et d'absurdités se croisent, se superposent et se mêlent. Fluctuat nec mergitur, elle rame ta borne interactive.
"Les mammouths descendaient la rue en pente, la rivière souterraine était peuplée de monstres,  les castors se baignaient dans ces thermes romains..." La vie renaît à chaque fois de cette boue primordiale.
 
110. Les noms d'oiseaux
Dans mon quartier, les convictions perdent du terrain quand la conscience s'exile dans la création. Ceux qui parlent politique finissent toujours par délirer.​
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#Posté le lundi 06 février 2012 01:22

Modifié le lundi 06 février 2012 01:40

91 Lumières de la ville :
Dans mon quartier, tout est chargé d'affect, une vraie pile électrique. La nuit, on peut voir des étincelles facétieuses, des têtes surmontées de couronnes coruscantes, des iridescences factices, des farfadets familiers, des elfes à gyrophare de proximité, des arcs et des spectres blancs, des feux follets, et même les aurores boréales...  Si l'on a beaucoup plus bu que dormi, et que l'on fixe les guirlandes de Noël, les yeux remplis de phosphènes.

92 Théâtre de rue
Dans mon quartier, il y a un lieu de crise et de panique : le square où les clodos se rassemblent. Près de la fontaine Wallace, sous l'arbre à palabres, leurs pochons de misère plastique accrochés à la barrière, ils débinent les absents et crient leur dégoût du monde. Parfois ils s'installent sur le radeau des marches en face d'un restaurant, éclusent leur mauvais picrate et entonnent une diatribe interminable sur l'identité bretonne, les sales étrangers qui menacent les enculés de bourgeois : le petit objet de leur haine particulière.
 
93 Kaléidoscope
Dans mon quartier, les églises et les bistros deviennent tour à tour des lieux de perdition ou de rédemption selon les époques.
 
94 Mille feuille
Dans mon quartier, tout se dissout et tout s'efface. La vie acide n'épargne personne. Alors les embaumeurs d'images, les collectionneurs et les gardiens du musée vivant s'installent pour écrire la chronique du temps qui passe. Celui des cabarets et des maisons closes, celui des biffins de la Maube et des cantines, celui des convulsionnaires de St Médard, et même le temps improbable de la rue des maléfices.
 
95 Seuls, les perdants jouent.
Dans mon quartier, les éternels touristes sédentaires n'ont plus de destin, plus rien à craindre. Tout s'agite autour de ces voyageurs immobiles, comme un jeu de société, alignant les dénués de gnaque, les perdants, les exclus. Ceux qui ont de moins en moins de chances de se refaire. 
 
96 Idéogramme
Dans mon quartier, on vise l'extrême : les pots cassés, les héroïnes de notre enfance, l'amour éternel. On regarde sur les côtés, notre vie terrain vague, le soleil qui s'égare sur des murs tagués, une petite fille debout, têtue contre le vent.
 
97 Repassage
Dans mon quartier, le guitariste joue la catedral de Augustine Barrios Mangore dans la rue, les veuves noires se cachent derrière l'enfer de leurs rideaux. Un sourire tordu aux lèvres, le corps dévoré par des palpitations, elles regardent les couples se faire et des défaire dans le café d'en face... Et ça les froisse tous ces instants de bonheur.

98 Marelle
Dans mon quartier, les gens à la dérive, la ronde des regrets, la ritournelle des soupirs, tracent cercles et spirales dans les rues. On apprend à les éviter pour ne pas que notre c½ur sombre dans le ruisseau des sans amour.
 
99. Tintamarre
Dans mon quartier, certains bars sont des galeries d'art, les ivrognes s'y prennent pour des artistes. Ils maîtrisent leurs pensées dipsomanes, les transforment en idées acharnées et paroles définitives extraites du maelström de leurs émotions. Une fois qu'ils ont dit ce qu'ils avaient à dire, une grande indifférence se lit sur leurs visages. Ils s'endorment ou changent de crémerie.
 
100 Gnawa'song
Dans mon quartier, l'art d'être là se cultive. On s'inscrit dans une disposition et on trouve les silhouettes familières. Les objets se transforment d'un endroit à l'autre, l'être là est le produit d'une trajectoire.
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#Posté le dimanche 29 janvier 2012 03:17

81 Passeport
Dans mon quartier, personne ne veut élargir le contexte, étendre les frontières, cela nous mènerait de l'autre côté du fleuve et ça, ça fait peur...
 
82. L'ange du peintre
Dans mon quartier, le peintre pratique la photo-thérapie. Il s'intéresse aux gens en leur montrant un objectif. Alors ils sourient nerveusement ou se figent en contractant les muscles du visage de leur moi social. Il leur parle alors tout doucement ou il crie comme un fou, deux façons radicales de provoquer la détente ou l'abandon.
 
83. Commun
Dans mon quartier, chaque lieu se transforme en code, un signe de reconnaissance, un modèle partagé par des regards complices, un cliché qui associe des solitudes, un dicton qui met de la bonne humeur sur les visages, un horizon d'attente, un refuge de l'inspiration.
 
84. Poétique de la pensée.
Dans mon quartier certaines pensées sont séduisantes parce qu'elles se déploient, se déplient comme les pages de ces livres pour enfants, ces pop-up qui font surgir un château ou un paysage. Quand tout s'emboîte avec élégance et esthétisme, le sentiment de vérité s'impose naturellement en dépit du bon sens.
 
85. Zombies
Dans mon quartier on évite comme la peste, tous ceux qui disent : "comment tu vas bien", chaque fois qu'il vous rencontrent. Une sale petite injonction qui porte le masque de la question. Ils s'en foutent de savoir comment vous allez, pourvu que vous ne les ennuyiez pas avec vos petits problèmes misérables. Une manière de dire que nous sommes dans le "mode plaisir" façon "positive thinking". O-bli-ga-toi-re!.
 
86. Naissance
Dans mon quartier, les rêves se croisent pour créer le royaume des songes. je rêve que j'écris sur le corps des femmes nues pour le rendre possible. Sexe et texte se confondent en une même expérience vitale.

87. Leçon de choses.
Dans mon quartier, il n'y a pas de révélation, juste une petite inquiétude et un dévoilement progressif des choses que l'on croyait connues. Quand on commence à les aimer, elles se donnent à comprendre, comme une femme et un   homme pourraient s'aimer.
 
88. Luxe
Dans mon quartier, être soi est un luxe qui se dissout dans la frivolité du monde. La nuit, entre deux verres, dans un bistro encore ouvert par on ne sait quel miracle, des mots maladroits s'échangent dans le clair-obscur entre un homme et une femme au milieu des clameurs de l'alcool et des assiettes que l'on malmène à grand cliquetis.
 
89. Lit
Dans mon quartier, nous voulons bien de la peur, mais seulement celle qui nous fait rester debout, pour occuper le présent. Pour faire face à un passé tout fait qui ne demande qu'à être répété par des gens dignes et résignés.
 
90 Incognito
Dans mon quartier, la première chose que l'on apprend c'est l'esquive, l'évitement, une capacité insondable à se soustraire de situations gênantes ou compromettantes. Le danger, notre créature, est toujours déjà-là. On évite certains cafés à certaines heures de la journée. On finasse, on se protège, on s'abstient de se montrer à l'angle de telle ou telle rue. On apprend simplement à retarder l'échéance...tout comme on peut, par défi, descendre ostensiblement la rue en pente.
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#Posté le mardi 24 janvier 2012 16:02

Mon quartier, le pli du monde (suite)

71. Habitudes
Dans mon quartier, ceux qui ont des habitudes notent les habitudes des autres. Ils écrivent dans un petit carnet, la litanie des passages des uns, les phrases, chaque jour répétées inlassablement par les autres. Sur cette trame de l'immuable, s'écrit la vie.
 
72 Notes
Dans mon quartier, quand le jazz manouche envoie son swing façon Selmer et que d'étranges paroles s'élèvent dans le ciel, reprises par un nuage d'accordéon, le Gadjo en nous, gitane un air : un solo de guitare en guise de signature.
 


73. Chimères
Dans mon quartier, certaines femmes dansent en marchant. L'extravagance de leurs pas attirent les regards, comme un courant d'air, la fumée dans une chambre d'ados.  Elles ont le goût de la délivrance, le mot pour rire, celui qui tue la solitude.
 
74. Attente
Dans mon quartier, personne ne pense, nous sommes contaminés par l'éphémère dans l'attente d'une nouvelle histoire. Nous essayons de fixer la gratuité originelle du cosmos en détournant la beauté du temps qui passe.
 
75. Gardiens de l'ennemi
Dans mon quartier, il y a un petit vieux qui s'inquiète de voir revenir le temps où tout le monde surveillait et dénonçait tout le monde, le temps où la vie nue était une règle, où ceux qui n'avaient rien à cacher n'avaient rien à se reprocher. Le temps des camps.
 
76. Personnel
Dans mon quartier, la révolte commence lorsqu'on se soustrait au monde pour le laisser pourrir. Si l'on se sent d'humeur, on peut l'aider en réduisant la part d'impersonnel.
 
77. Bouteille
Dans mon quartier, les seules agences de notation que l'on tolère sont celles du Zagat Routard, ou du Bozeman Bibendum. Pour le vin, nous faisons confiance à l'ambiance des bistros. Ce n'est pas par hasard que certains ont le vin mauvais. On reconnaît ces endroits au caractère plus ou moins trempé du pilier de bar, le surveillant dans le tournant qui regarde les autres consommateurs de profil, des bouteilles bien alignées en train de se remplir.
 
78. Alliance
Dans mon quartier, les peintres et les clodos ont forgé une alliance alcoolique. Un front commun pour supporter les sombres regards de désapprobation.
 
79. Sorcières
Dans mon quartier, les fumeurs se regroupent devant les établissements et commerces pour expier collectivement, ils purgent leurs péchés dans le nuage de fumée qui transforme le quotidien en nuit de Walpurgis.

80 Tendre est la lune
Dans mon quartier,  la lune nous nargue régulièrement à changer si facilement de... quartier. Elle passe de l'inclination à l'indifférence, de l'ennui à la ferveur avec une telle facilité que l'on en demeure un peu con
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#Posté le samedi 21 janvier 2012 03:39

Mon quartier, le pli du monde (suite)

61. Logique
Dans mon quartier tout le monde raisonne.
Si tu infères quelque chose, proposition indépendante ou indécente, si tu pratiques le syllogisme, le flou, les raccourcis, la logique polyvalente, la déduction sur la base de ce que tu vois, tu es mal barré. Pendant ce temps, les amoureux s'inventent des mondes possibles.
 
62. Fleurs
Dans mon quartier les marchands des quatre saisons font la nique aux marchands de couleurs, ils vendent du soleil en branches, des mimosas tout étonnés de découvrir la ville et ses bruits.
 
63. Génie de la contrescarpe
Dans mon quartier la compassion se lit sur le visage des épargnés : ces clochards qui rient intérieurement de nous voir rater nos vies en nous contentant du visible.
 
64. Pressés
Dans mon quartier, tout le monde empiète sur l'avenir en marchant d'un pas allègre sur le présent. Au lieu d'admirer l'antichambre, de savourer les plaisirs à venir, ils sont déjà dans le lit des souvenirs.
 
65. Les Cons
Dans mon quartier, il n'y a pas d'offre publique d'achat de la connerie ambiante, mais un marché primeur où les impétrants se pressent en rangs d'oignons. Le con s'exprime au bar de manière algorithmique, sans en évaluer les risques. Il vocifère dans son verre comme un actionnaire ayant perdu de vue ses sous-jacents. A côté de lui, il y a toujours un médiateur pour arrondir les angles, et en cuisine, la patronne qui grommelle et compte les points en tournant la soupe du soir.

66. Temps rêvé
Dans mon quartier, le regard des enfants se perd et se retrouve. On se demande ce qu'on fait ici, on déambule en rêvant, on traverse des déserts en traversant la rue. Il y a ceux qui se disent qu'ils ne vont nulle part et ceux qui savent où ils vont, qui accumulent, hiérarchisent et croient finir propriétaires. Dans mon quartier on ne possède rien, on passe de maison en saison comme de rien.
 
67. Viewpoint
Dans mon quartier, les récits des chroniqueurs, les journaux intimes des puissants, les correspondances des commères ont relaté la geste de l'histoire, mais ils ne parlent jamais de ces endroits secrets, par où vont et viennent les soupirs des morts. Là où les passants s'arrêtent immanquablement pour reprendre leur souffle ou une photo, des lieux où les mondes communiquent.
 
68 Peau blême
Dans mon quartier, quand l'étranger ou l'étrangère s'assoit à la table d'à côté, lorsque les hommes à la peau blême ouvrent leurs yeux et leurs oreilles et cessent de parler de leurs problèmes d'identité, on peut commencer à croire.
 
69. Espace utile
Dans mon quartier, le monde n'est pas si ouvert que ça, tout tourne autour de pas grand-chose. Comme partout, l'espace culturel disparaît progressivement au profit de l'espace utile. Mais l'espace résiste, il est habité de fantômes, de fantasmes et de passions persistantes qui définissent les relations et les coordonnées de chacun..
 
70. Tapis volant
La fontaine de la place à côté de l'église, l'ombilic du monde pour certains fait l'objet de rituels secrets quand tout le monde dort. Mon quartier est un jardin, un zoo humain, une nef des fous, une arche de Noë perdue en seine, défiant la grande cathédrale. Je me suis fait faire un tapis avec le plan de mon quartier. Comme ça, je peux en faire le tour sans quitter ma chambre et parfois je m'envole avec pour chevaucher les rêves des voisins. Je sonne chez les amis, je parle aux gens dans la rue, je fume de gros cigares dans les cafés, bref je m'entraîne pour le moment de la sortie en réalité augmentée.
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#Posté le mercredi 18 janvier 2012 10:48

51. Rencontre
Dans mon quartier, la seule manière de rencontrer est d'entrer en dérive dans des lieux connus. Les rendez-vous sont ennuyeux comme un tube des années 80 : une insipide et grinçante ritournelle.
S'asseoir seul à la terrasse d'un café est un luxe rare, un thème de jazz que chaque visiteur transfigure par sa musique. Une jam session, parfois endiablée, pour se débarrasser du poids de la vie.
 
52. Mouvement
Dans mon quartier, il n'y a pas d'habitants mais un public bigarré canalisé par la rue en pente, ils marchent penchés en arrière pour résister à la déclivité magistrale. Ils cherchent la texture du monde en faisant leurs courses dans le regard des autres. Chacun participe au mouvement en cultivant son swing.
 
53. Question
Dans mon quartier, on s'interroge sans se questionner, on s'opinionne à qui mieux-mieux pour arriver à un consensus bête et domestique. Ceux qui créent échappent aux interrogatoires tant qu'on ne les met pas à la question.
 
54. Elégance
Dans mon quartier, le déséquilibré a du style, il ne sait pas où il va, il prolifère, il profère des mots en les chantant. Ses gestes élégants invoquent le ciel constellé de drogues. Il invente ses attitudes en permanence, comme un Gainsborough qui se lancerait dans un discours enflammé de volutes bleues.
 
55. Passage de la découverte
On ne fait jamais le tour de mon quartier, il y a toujours quelque chose à découvrir, quelque chose qui vient nous surprendre comme un clin d'½il d'une inconnue. Le passage qui relie la rue Mouffetard à la rue des Patriarches en est le parfait portrait, il se traverse en diagonale pour s'approcher et s'éloigner de chaque mur. La semaine des taggers et des graffeurs (graffiti artists) viennent le transfigurer en découverte du week-end avec leurs fresques et leurs pochoirs. Au début, on ne remarque rien et puis l'½il est attiré par une forme ou une couleur et on sait que quelque chose a changé, imperceptiblement. On se découvre des pensées qui donnent à penser.
 
56. Expliquer
Mon quartier possède un tréfonds, des rouages, faits de façades, de portes et de tiroirs secrets qui lui donnent sa densité et son abondance. Il n'y a pas de « place du village » à proprement parler, mais plein de cafés plus ou moins sales, concentrés ou dispersés, qui ouvrent de nouvelles perspectives sans expliquer vraiment la nature ou la culture du ciel.
 
57. L'âme du quartier
Dans mon quartier il n'y a pas d'âme à proprement parler, des générations se sont relayées en vain. Pourtant, au-delà des traces, des épigrammes traversent le temps sans trouver de dernière demeure. Mon quartier est le produit d'un emboitage farfelu de plans d'architecte. Un éventail, un jour de corrida.
 
58. Texture
Dans mon quartier, les objets souffrent d'un manque de conviction ou d'un trop plein d'éclairage. Les noms des rues sont des noms de propriétaires. Chaque pavé contient un rêve, un chemin emprunté, une mythologie secrète des itinéraires connus d'une génération. Mon quartier est une texture fluide.​
 
59. Comètes
Dans mon quartier les rêveurs ne parlent pas beaucoup, ceux qui cogitent se chauffent le cerveau, ceux qui parlent ne font que ça. Ils sont tous les jours dans le même café ou le même pub en attendant les comètes : ceux qui tentent de s'arracher au chaos des verres qui s'entrechoquent pour dessiner des vies nouvelles.
 
60. Comédie d'un jour
Dans mon quartier, chaque être, chaque parole et chaque chose est une vibration, un mode d'être qui résonne quand la comédie du jour débute. Ce qui compte, c'est ce qui a été accompli, hors la répétition ou l'imitation, c'est à dire, pas grand-chose. Ce sont ces petits riens bâtissent le monde.
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#Posté le vendredi 16 décembre 2011 08:57

Mon Quartier, le pli du monde

41. Manque
Dans mon quartier, il y a des morceaux qui manquent : des visages de fantômes sur de vieilles photos. Là où il y avait des terrains vagues, là où il y avait l'amour, là où aurait pu naître des jardins, sont nés des monuments de tristesse. Là où il y avait les chevaux de la garde républicaine, il n'y a plus qu'une caserne. Il y a des morceaux qui manquent, ce sont les dettes qui circulent, accompagnées de complaintes.
 
42. Evadés
Dans mon quartier, au tribunal de la raison, ils évaluent les mots et les choses, les gens et leurs passions. Ils ont beau mettre des codes barre à leurs habitudes, leurs enfants sortent toujours du cadre.
 
43. Secondaire
Dans mon quartier, les intrigues sont toujours secondaires, seules les maladies ont le goût de la vie. Les clients des cafés guettent la vieillesse et la sobriété comme les jolies femmes.
 
44. Le libraire philosophe
Dans mon quartier, on se donne un genre et on finit en espèce, celui qui détermine est indéterminé, celui qui éclaire est dans l'obscurité, celui qui qualifie est inqualifiable. Comment rester ombre dans la lumière ? Cette énigme traverse les rues à la recherche d'une réponse.
 
45. Maudite décennie !
Dans mon quartier, on chancelle, on révise sa vie pour tenter de l'arracher à ce flot continu et implacable de l'enchaînement des événements. On recherche des fondations nouvelles pour  ré-envisager la matière qui nous constitue. La crise existentielle, à chaque fois que l'on passe une décennie.
 
46. Libres
Dans mon quartier, il y a des montgolfières, des gens qui vivent sans attache, certains disent qu'ils sont remplis d'air, d'autres qu'ils sont en chute libre, d'autres encore envient leur liberté de point de vue. Ils ne s'interrogent jamais pour comprendre ce qui les a fait devenir aéronefs. 
 
47. Maman les personnages ont-ils un être ?
Dans mon quartier, le biologiste se manifeste comme un organisme vital circonstancié, un mode d'être du vivant qu'il tente de prendre à la gorge.
La littérature ne vit que par ses personnages qui ont tous des têtes de présupposés géants. Il faudrait peut-être se poser la vraie question : les circonstances, le contexte, le savoir régional, qu'est-ce qu'ils foutent là et qui les y a mis ?
 
48. Humour
Dans mon quartier, on a tendance à se moquer des gens, sans vergogne, ce ne sont ni la honte, ni la pudeur qui nous étouffent. L'humour ici, est une idée sérieuse qui a sauté sur une mine, on en retrouve des lambeaux en désordre qui tentent de se reconstituer. Le résultat est un produit de l'esprit, une molécule de sens, une incongruité qu'on ne retrouve dans aucun tableau taxinomique.
 
 
49. Livre et film
Dans mon quartier, personne n'existe que dans sa lumière mais la lumière est figurative et n'a besoin de personne. Mon quartier est un livre, on passe son temps à s'émouvoir. On risque tout à chaque fois qu'on l'ouvre, on se rattrape comme on peut, au bord du précipice comme dans un film burlesque.
 
50. Voyage
Dans mon quartier, les gens ne sont pas immobiles, ils voyagent dans leur tête. Ils laissent la villégiature aux autres, ceux qui vont voir que c'est exactement comme dans le catalogue. On ne voyage que lorsqu'on change ce qui nous fait, quand on rêve dans la langue étrangère.
Il y a beaucoup de voyageurs parmi nous.
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#Posté le lundi 12 décembre 2011 05:41

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