L'espace, le paysage urbain participent à leur manière au façonnement de l'être ensemble ou séparés. Tout pouvoir tend à transformer l'environnement en un décor adapté à sa vision. La maîtrise militaire de l'espace, le cantonnement des populations à risque, l'éloignement de la pauvreté des zones riches, la préemption de zones anciennes possédant une autre socialité pour raison d'assainissement et mise en place d'opérations immobilières juteuses, avec pour unique objectif de supprimer « la rue », c'est-à-dire l'imprévu solidaire. La foule à domicile, crée par les nouveaux moyens de communication arrange le pouvoir, elle est disciplinée, à l'écoute, bien rangée derrière ses petits écouteurs et ses écrans, prête à entendre la bonne parole, la voix de ses maîtres, chacun dans sa cellule d'isolement. Les lieux de réunion sont des lieux de consommation de ce même isolement, on consomme de la différenciation collectivement, on se croit singulier, on est que solitaire. On construit du neuf pour les pauvres, que demande le peuple, une véritable formalisation de la misère, de la surveillance et de la double peine, de la délocalisation et de l'acculturation. Les centres se vident de gens et se remplissent de SDF qui dorment à côté des bureaux restés allumés pour signifier leur puissance et leur confort.
La ville s'étend par expulsions successives, elle se vomit sur un territoire toujours plus vaste, jalonné par les temples de l'hyperconsommation avides de recréer la vie de village qu'ils ont détruite depuis longtemps.

