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Professeur Larue Penseur Mondain

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proflarue

Description :

Un Blog sur le temps et le lieu, le Cinquième arrondissement de Paris, une vie de quartier vue à travers la fête et l'écriture, un carnet de voyage sur un petit territoire.
Le Professeur Larue est né au sommet de la montagne Ste Geneviève, il a une place à son nom : une jolie plaque de la ville de Paris, une doctrine et des rites, l'élection des blaireaux et des blairottes d'or, l'élection de miss Montagne Ste Geneviève par les 7 n'huns, l'enterrement du beaujolais nouveau, La Compagnie du Martinet heureux, l'alliance avec la Grappe Joyeuse...
Il se promène également dans Mouffetard côté sud vers St Médard où il a tendance à passer du temps au VAP (le Verre à Pied, 118 bis Rue Mouffetard) et aux papillons, 20 m plus loin, avec plein d'amis. Pour poursuivre l'aventure, le Vantard de la Mouffe est né, un journal mensuel qui parle de notre quartier.

Mes blogs favoris :
Philippe di Folco : http://www.philippedifolco.info/
Gritoland : http://www.a12g.com/blog/
Julia : lesruesenpente.blogspot.com

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LE CERVEAU POST-INTERNET

Certaines voix se sont élevées récemment, s'inquiétant de la "superficialité", de l'absence de lecture en profondeur et de l'anxiété induites par la pratique abusive et forcenée des nouvelles technologies numériques, tout juste s'ils n'évoquaient pas une possible dégénérescence de nos pauvres cerveaux.
 
 La nostalgie camarade
"I miss my Pre-Internet brain"
Douglas Coupland (auteur de Génération X)  
Cette phrase fortement reprise sur les réseaux sociaux anglo-saxons et que l'on pourrait traduire par : "Mon cerveau pré-internet me manque" est l'expression révélatrice d'une nostalgie des quarantenaires d'aujourd'hui. Ceux-là même qui ont construit leurs discours sur l'opposition radicale aux babyboomers soixantehuitards, en réduisant leur propre pensée, celle de la génération X, à des collections de musiques et d'objets qui les différenciaient de leurs aînés, puisque, selon les jérémiades de Fukushima, l'histoire était finie et que la chute du mur de Berlin avait signé la mort des idéologies.
 
Une technologie humaine, trop humaine
Le développement d'internet et des nouvelles technologies apporte avec lui son lot d'interprétations plus ou moins pessimistes, plus ou moins nostalgiques d'un temps assez proche que l'on idéalise volontiers.
Avec la prévalence des neurosciences, de nouvelles craintes sont apparues, notre cerveau apparaît comme une petite chose malléable, contrôlable à merci, totalement dépendante des nouvelles technologies. Alors que l'on pourrait envisager la proposition inverse : c'est le cerveau humain qui sert de modèle et colonise les machines en y transposant toutes ses fonctions. Dans une vision anthropomorphique certes, mais diablement opératoire, on leur demande de percevoir et d'agir comme nous, mieux que nous...
Le cerveau se reconfigure, évolue en permanence en fonction des stimuli, des connexions qui sont sollicitées par telle ou telle pratique, par tel ou tel instrument, grâce à la "plasticité neuronale".
L'écriture a-t-elle changé notre rapport au monde ? Oui.
Le livre a-t-il changé notre manière de penser le monde ? Oui.
Le téléphone a-t-il changé notre manière de communiquer ? Oui.
Les écrans ont-ils changé notre vision du monde ? Oui.
Le cloud changera-t-il notre manière de vivre le monde ? Oui
Toutes ces pratiques ont profondément transformé notre perception et elles ont été intégrées par notre cerveau. Avec Internet, les smart objects, les réseaux sociaux, le cloud, tous les objets de la convergence technologique, elles sont exacerbées : enhanced, augmented reality. Mais il ne faut jamais perdre de vue que ce qui importe, est le contenu qui circule sur ces différents médias.
 
Internet, c'est monsieur plus....
Les modes de lecture d'un livre ou d'un écran sont totalement différents, si l'écran est conçu comme un espace de lecture, le livre est syntagmatique (une succession de phrases), on se fixe sur certains mots ou groupes de mots, on revient en arrière sur la ligne pour mieux comprendre ou s'en imprégner. L'écran conserve sa nature d'image éphémère, la valeur d'expérience l'emporte sur la lecture. Voir un tableau est une expérience, lire un livre est un décodage qui débouche sur  une re-présentation.
L'espace intermédiaire entre l'écran et la page d'un livre est produit par les journaux et les magazines où parfois les mots se prennent parfois pour des images comme dans les expériences poétiques des calligrammes.
 
Le suivi des mouvements de l'½il de ces trois pratiques montre les différents point d'ancrage, ce que chacun peut ressentir lors de la lecture/exploration de ces différents supports. Ce que les cogniticiens appellent la "désorientation cognitive", lorsque nous suivons la piste des hyperliens sur une page web par exemple, s'appelle "serendipité" dans le monde du net : où nous trouvons autre chose que ce que nous étions venus chercher. Nous sortons alors du miroir narcissique, pour être transporté dans un autre lieu, là où nous apprenons vraiment quelque chose.
 
L'inquiétude en question :
Nous nous approprions le cheminement de la pensée, il n'est plus dicté par un auteur : péché mortel selon les nouveaux psychologues, celui de "l'anxiété qui fait perdre jusqu'à 30 % de la force de travail" (Thierry Baccino, Psychologie Cognitive des Technologies Numériques.)
On peut se demander légitimement quel est l'instrument qui a permis une telle mesure ? Serait-ce encore un chiffre inventé pour frapper les esprits ? Serait-il au service de la performance et de l'efficacité du contrôle de la force de travail ?
Ce qu'ils nomment anxiété un peu précipitamment, ne serait-ce pas plutôt une inquiétude philosophique ? Celle qui permet d'aller plus loin que la simple satisfaction imbécile d'un besoin.
Le doute est nécessaire à l'homme, il permet de réfléchir sur son existence en tant que projet, celui d'être soi par des choix successifs. L'inquiétude jaillit de cette difficile liberté, l'inquiétude pour soi et pour autrui dont je suis responsable. Eradiquer cette inquiétude, semble nous conduire tout droit vers une inhumanité mécanique. La machine n'est pas et ne sera jamais inquiète, elle peut être tout au mieux attentive pour mieux surveiller.
Pour la première fois, on affuble une technologie d'une volonté propre : "Internet favorise le zapping et récompense un mode de lecture superficiel et rapide", comme la cacahuète récompense le chimpanzé quand il a bien agi selon les désirs de l'expérimentateur. Le "sujet Internet" mû par une volonté interne sans faille, conspirerait à nous rendre idiots, comme si tout ce qui était publié sous forme de livre aujourd'hui était d'une qualité égale et récompensait la lecture approfondie.
 
Pensée linéaire et Pensée systémique :
Ce qui nous semble plus pertinent avec l'usage massif d'Internet, c'est l'apparent passage de la pensée linéaire à la pensée systémique, la pensée en réseau qui procède par analogie.
 
La pensée linéaire procède d'une succession de causes et d'effets, du principe du réductionnisme, en partant du plus simple pour aller vers le plus complexe. Le savoir est objectif, minutieux, rigoureux, exhaustif et se prétend universel, partout en toute éternité. La pensée linéaire encourage la fragmentation du savoir, une surspécialisation et un éloignement à la fois des autres disciplines et de la complexité du monde réel où tous les paramètres varient en même temps.
 
Tandis que la pensée systémique met en évidence des liens d'interdépendance à travers des réseaux, des flux, des capacités d'autoproduction, un système de stabilité, de régulation. La perception du système et la place de l'observateur deviennent des facteurs de plus en plus importants. La lecture systémique pourrait se rapprocher d'une lecture géographique par l'importance accordée à la spatialité, à l'infographie, à l'échelle des illustrations et des titres par exemple dans une page de magazine ou d'internet. Les contenus sont véhiculés par une structure spatiale, la maquette prend toute sa place pour accentuer ou minorer ces mêmes contenus, en créant de nouveaux liens, de nouvelles hiérarchies qui n'existent pas, en principe, dans un texte linéaire.
La pensée systémique favorise un savoir productif, global, vu d'ensemble, lié, multidisciplinaire, ici et maintenant. La pensée systémique encourage un savoir "localisé", dépendant d'une perception de l'environnement.
 
La vitesse : effet de la pression sociale
Cette appréhension globale, cette lecture de gestalts, donneraient à penser que la vitesse s'associe et s'impose à ce mode de lecture. Or il nous semble que la vitesse est un choix qui dépend avant tout de la boulimie de notre époque, cet appétit érigé en impératif, qu'il ne faut rien rater sous peine d'être "dépassé", out, ignorant ou exclus. Les causes de la vitesse dans le mode de lecture sont sociales, donc externes. On peut aisément pratiquer une double lecture du Net, une première de sélection rapide et une seconde plus lente et exhaustive des contenus. Ce mode programmation de lecture a été adopté par de nombreux journaux voulant apparaître comme des magazines du quotidien, puis repris systématiquement sur les pages web des médias.
 
La pensée linéaire et la pensée systémique ne s'opposent pas, elles sont complémentaires dans l'usage des nouvelles technologies de l'information et de la communication auxquelles nos petits cerveaux s'adaptent d'autant plus facilement, qu'ils s'y reconnaissent...
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#Posté le jeudi 04 avril 2013 05:00

 

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#Posté le jeudi 04 avril 2013 04:56

THINK CUP COMMUNICATION POLITIQUE : LE TEMPS DES JUGES ?


THINK CUP COMMUNICATION POLITIQUE : LE TEMPS DES JUGES ?Si on était conseiller en com' du président....
 
On a l'impression qu'après la “séquence people Sarko”, on soit entré dans une phase de stupeur que les communicants ont du mal à combler par quelque chose de tangible. L'opposition parle d'impression d'immobilisme, c'est comme le temps de la descente après la drogue. Il y a un temps de sevrage nécessaire après l'euphorie permanente (des journalistes principalement) et l'activisme-actualité du feuilleton frénétique imposée par le prési-cédant. Il n'y aura pas de saison 2.
Quelque chose s'est brisé, un lustre est tombé, il faut juste nettoyer.
Je pense que la com' du nouveau gouvernement devrait reposer sur cette axe de “nettoyage” de la saleté, du bling bling, des affaires, un karcher à l'envers. “La France a été souillée par l'idéologie de déshumanisation financière, il faut la laver, lui redonner sa dignité et son intégrité.”
Si on ne peut pas compter sur le charisme du personnel politique, il reste la figure du juge les rituels collectifs de la justice : envoyer en prison tous ceux qui ont bafoué la loi en toute impunité à leur profit personnel....
(à suivre)

 
Tags : POLITIQUE, JUGE, COMMUNICATION
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#Posté le dimanche 26 août 2012 04:15

Le pli du monde, mon quartier

121.... Faut pas se fier
Dans mon quartier, certains défendent des thèses insoutenables concernant la réalité et les apparences. Ces esprits forts pensent que le langage est impuissant à rendre compte de quoi que ce soit. Ils intriguent plus par leurs motivations que par les conneries qu'ils profèrent.

122. Dentiste
Dans mon quartier, certaines personnes ont le sourire en ruines, on rembourse mal le malheur.

123. Domestique dans l'âme
Dans mon quartier, l'idéal des bourgeois représente la somme des valeurs qu'ils attendent de leurs domestiques : discrétion, politesse, respect, honorabilité, abstinence, honnêteté, frugalité, économie, etc.

124. Drossés par la vie
Dans mon quartier, les bois flottés hésitent. Rongés par le ressac du doute, ils portent sur eux les traces de leurs errances. Ils ne sont pas vêtus de lisse certitude comme les clercs qui parlent avec les aiguilles des horloges.

125. Main qui rit, main qui pleure
Dans mon quartier, la main courante du commissariat raconte les petits faits divers du quotidien. Elle rit avec les querelles de voisinage, les bagarres foireuses, elle s'effraie avec le récit des agressions sauvages, elle pleure avec toutes ces femmes que l'on violente et ces enfants que l'on bat. Elle n'est pas là pour réconforter, elle enregistre sur le disque dur les programmes de la malvie.

126. Profane
Dans mon quartier, on attend la beauté, on taquine la boisson, on poétise avec Dieu, en attendant d'avoir de l'esprit.

127. Hiérarchie
Dans mon quartier, si on les écoute, le peuple se laisse aller, le parvenu est sans-gêne, le bourgeois se complaît dans la politesse, le snob auréole de son mépris, l'aristocrate exerce son insolence... et moi je t'emmerde !

128. Publicité
Dans mon quartier, le mensonge féminin épargne la vanité masculine. Les hommes osent afficher leurs désirs parce qu'ils restent raisonnablement lourdingues et dénués d'imagination.

129. Peurs
Dans mon quartier, l'absolu tue – la beauté comme l'horreur.

130. Prévisions
Dans mon quartier, on voit le futur en observant les jeunes. Les vignerons n'ont rien à craindre.​
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#Posté le mercredi 08 août 2012 17:53

111. Lignes de fuite
Dans mon quartier, toute ½uvre est un monde en fuite. Les artistes le savent, ils ont plusieurs passeports comme autant de principes d'élaboration.
 
112. Recrimination Blues
Dans mon quartier, même les victimes se sentent supérieures : à l'abri de toute amélioration de leur sort, elles se prélassent dans le présent du carré Very Important Victim.
 
113. Relativisme
Dans mon quartier, par peur du devenir, il ne faut jamais dire son nom, ne rien aimer, ne rien toucher, ne rien boire... Ah ! non, ça, c'est dans un autre arrondissement, chez nous, les "épaves voluptueuses" flottent encore dans les rues.
 
114. Bouquet
Dans mon quartier, on cultive le vide, on l'arrose d'absence, pour mieux l'enflammer.
 
115. Fantômes
Dans mon quartier, les rêves délaissés se révoltent et se réincarnent dans des actes dits gratuits.
 
116. Brand Story
Dans mon quartier, le diable possède une maison de mode, des marques qui professent le conformisme des morts.
 
117. Abandon du poil de la bête et du cheveu sur la langue
Dans mon quartier, le poil est devenu un enjeu, la tonte est devenue préventive. Les phobies hygiénistes se révèlent pour faire reculer la bête : ça ratiboise de partout, les oukases se prononcent, les teddy-bears tremblent au fond de leur lit, même les poils dans la main se font du souci. Les pelouses se font tondre, auraient-elles toutes couché avec l'occupant : les soldats de l'armée normative ?
 
118. La ronde cérémonielle des êtres
Dans mon quartier, tout le monde a des rêves ou des idées, mais personne ne songe vraiment à les faire aboutir, par peur de gêner les autres. Seuls, ceux qui tentent d'exister viennent troubler l'archipel des solitudes.
 
119. Superficiels ?
Dans mon quartier, on accuse ceux qui pensent d'oublier le corps et ses tourments. Il n'en est rien, les passions contrariées par le raisonnement et les spéculations n'en sont que magnifiées. Les autres baisent mécaniquement.
 
120. Transactions intimes
Dans mon quartier, tout échange est théâtral : sur la place du marché, chacun connaît sa place, les mots du rituel, le costume, le personnage. Tout a l'air normal et bien huilé, mais voilà, un sourire, un geste inattendu, un mot murmuré réduisent l'abstraction des rapports.
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#Posté le samedi 31 mars 2012 09:36

Le pli du monde, mon quartier

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#Posté le samedi 31 mars 2012 09:28

101. Nostalgie
Dans mon quartier, il y a de drôles d'oiseaux. Des chauves-souris bavardes, gros pifs ou grandes oreilles, obsédées par tout ce qui les précède et des hirondelles qui accueillent le hasard et n'ont besoin que de l'air pour être libres.
 
102. Quel Pastis !
Dans mon quartier, il est facile de mourir d'un excès de lucidité. On se souvient de votre voiture qui était toujours garée là, et un jour, elle finit à la fourrière de l'injustice.
 
103. Rien n'existe
Dans mon quartier certains oublient de vivre, mais il y a toujours plus fort, ceux qui prétendent avoir oublié de naître. Ils font rapidement le vide autour d'eux, il n'y a pas grand monde pour remplir leur verre.
 
104. Faut se soigner
Dans mon quartier, on raconte ses problèmes à Madame l'éponge métaphysique. Elle veut bien jouer ce rôle d'illusions et de certitudes pour confirmer que les choses vont mal depuis le début.
 
105. Bye bye Socrate.
Dans mon quartier, pour ne pas s'attacher, certains se voilent la face. Ils détruisent tout ce qu'il y a de plus intime en eux et autour d'eux. Le vertige d'une vie opportuniste, pour éviter de se connaître.
 
106. Mauvaise herbe
Dans mon quartier, on abandonne ses mauvaises habitudes à l'Assistance Publique, pour mieux les retrouver à leur majorité.
 
107. "T'as rien compris à la vie"
Dans mon quartier, la vie ½uvre d'art n'est pas un vain mot. Trouver quelque chose qui nous dépasse et nous fait vivre pour nous-mêmes. Ce qui fait résonner étrangement : "Je n'ai besoin de personne en Harley Davidson".  Cette chose n'est ni un objet, ni une personne mais bien la construction d'un mode d'être qui prend son sens dans la vie même en se détruisant. Là je me suis dépassé...
 
108. Presse citron
Dans mon quartier, personne n'est pressé de tout perdre ou de réussir. La hâte est vulgaire, seuls les fous et les enfants ont assez de foi s'exprimer librement, à leur vitesse.
 
109. St Crétinisme.
Dans mon quartier, on se raconte des histoires pour ne pas mourir. Sur les pelles Starck, les faits et les vies glorieuses, miracles, exorcismes, autant de mythes collectifs et d'absurdités se croisent, se superposent et se mêlent. Fluctuat nec mergitur, elle rame ta borne interactive.
"Les mammouths descendaient la rue en pente, la rivière souterraine était peuplée de monstres,  les castors se baignaient dans ces thermes romains..." La vie renaît à chaque fois de cette boue primordiale.
 
110. Les noms d'oiseaux
Dans mon quartier, les convictions perdent du terrain quand la conscience s'exile dans la création. Ceux qui parlent politique finissent toujours par délirer.​
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#Posté le lundi 06 février 2012 04:22

Modifié le lundi 06 février 2012 04:40

91 Lumières de la ville :
Dans mon quartier, tout est chargé d'affect, une vraie pile électrique. La nuit, on peut voir des étincelles facétieuses, des têtes surmontées de couronnes coruscantes, des iridescences factices, des farfadets familiers, des elfes à gyrophare de proximité, des arcs et des spectres blancs, des feux follets, et même les aurores boréales...  Si l'on a beaucoup plus bu que dormi, et que l'on fixe les guirlandes de Noël, les yeux remplis de phosphènes.

92 Théâtre de rue
Dans mon quartier, il y a un lieu de crise et de panique : le square où les clodos se rassemblent. Près de la fontaine Wallace, sous l'arbre à palabres, leurs pochons de misère plastique accrochés à la barrière, ils débinent les absents et crient leur dégoût du monde. Parfois ils s'installent sur le radeau des marches en face d'un restaurant, éclusent leur mauvais picrate et entonnent une diatribe interminable sur l'identité bretonne, les sales étrangers qui menacent les enculés de bourgeois : le petit objet de leur haine particulière.
 
93 Kaléidoscope
Dans mon quartier, les églises et les bistros deviennent tour à tour des lieux de perdition ou de rédemption selon les époques.
 
94 Mille feuille
Dans mon quartier, tout se dissout et tout s'efface. La vie acide n'épargne personne. Alors les embaumeurs d'images, les collectionneurs et les gardiens du musée vivant s'installent pour écrire la chronique du temps qui passe. Celui des cabarets et des maisons closes, celui des biffins de la Maube et des cantines, celui des convulsionnaires de St Médard, et même le temps improbable de la rue des maléfices.
 
95 Seuls, les perdants jouent.
Dans mon quartier, les éternels touristes sédentaires n'ont plus de destin, plus rien à craindre. Tout s'agite autour de ces voyageurs immobiles, comme un jeu de société, alignant les dénués de gnaque, les perdants, les exclus. Ceux qui ont de moins en moins de chances de se refaire. 
 
96 Idéogramme
Dans mon quartier, on vise l'extrême : les pots cassés, les héroïnes de notre enfance, l'amour éternel. On regarde sur les côtés, notre vie terrain vague, le soleil qui s'égare sur des murs tagués, une petite fille debout, têtue contre le vent.
 
97 Repassage
Dans mon quartier, le guitariste joue la catedral de Augustine Barrios Mangore dans la rue, les veuves noires se cachent derrière l'enfer de leurs rideaux. Un sourire tordu aux lèvres, le corps dévoré par des palpitations, elles regardent les couples se faire et des défaire dans le café d'en face... Et ça les froisse tous ces instants de bonheur.

98 Marelle
Dans mon quartier, les gens à la dérive, la ronde des regrets, la ritournelle des soupirs, tracent cercles et spirales dans les rues. On apprend à les éviter pour ne pas que notre c½ur sombre dans le ruisseau des sans amour.
 
99. Tintamarre
Dans mon quartier, certains bars sont des galeries d'art, les ivrognes s'y prennent pour des artistes. Ils maîtrisent leurs pensées dipsomanes, les transforment en idées acharnées et paroles définitives extraites du maelström de leurs émotions. Une fois qu'ils ont dit ce qu'ils avaient à dire, une grande indifférence se lit sur leurs visages. Ils s'endorment ou changent de crémerie.
 
100 Gnawa'song
Dans mon quartier, l'art d'être là se cultive. On s'inscrit dans une disposition et on trouve les silhouettes familières. Les objets se transforment d'un endroit à l'autre, l'être là est le produit d'une trajectoire.
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#Posté le dimanche 29 janvier 2012 06:17

81 Passeport
Dans mon quartier, personne ne veut élargir le contexte, étendre les frontières, cela nous mènerait de l'autre côté du fleuve et ça, ça fait peur...
 
82. L'ange du peintre
Dans mon quartier, le peintre pratique la photo-thérapie. Il s'intéresse aux gens en leur montrant un objectif. Alors ils sourient nerveusement ou se figent en contractant les muscles du visage de leur moi social. Il leur parle alors tout doucement ou il crie comme un fou, deux façons radicales de provoquer la détente ou l'abandon.
 
83. Commun
Dans mon quartier, chaque lieu se transforme en code, un signe de reconnaissance, un modèle partagé par des regards complices, un cliché qui associe des solitudes, un dicton qui met de la bonne humeur sur les visages, un horizon d'attente, un refuge de l'inspiration.
 
84. Poétique de la pensée.
Dans mon quartier certaines pensées sont séduisantes parce qu'elles se déploient, se déplient comme les pages de ces livres pour enfants, ces pop-up qui font surgir un château ou un paysage. Quand tout s'emboîte avec élégance et esthétisme, le sentiment de vérité s'impose naturellement en dépit du bon sens.
 
85. Zombies
Dans mon quartier on évite comme la peste, tous ceux qui disent : "comment tu vas bien", chaque fois qu'il vous rencontrent. Une sale petite injonction qui porte le masque de la question. Ils s'en foutent de savoir comment vous allez, pourvu que vous ne les ennuyiez pas avec vos petits problèmes misérables. Une manière de dire que nous sommes dans le "mode plaisir" façon "positive thinking". O-bli-ga-toi-re!.
 
86. Naissance
Dans mon quartier, les rêves se croisent pour créer le royaume des songes. je rêve que j'écris sur le corps des femmes nues pour le rendre possible. Sexe et texte se confondent en une même expérience vitale.

87. Leçon de choses.
Dans mon quartier, il n'y a pas de révélation, juste une petite inquiétude et un dévoilement progressif des choses que l'on croyait connues. Quand on commence à les aimer, elles se donnent à comprendre, comme une femme et un   homme pourraient s'aimer.
 
88. Luxe
Dans mon quartier, être soi est un luxe qui se dissout dans la frivolité du monde. La nuit, entre deux verres, dans un bistro encore ouvert par on ne sait quel miracle, des mots maladroits s'échangent dans le clair-obscur entre un homme et une femme au milieu des clameurs de l'alcool et des assiettes que l'on malmène à grand cliquetis.
 
89. Lit
Dans mon quartier, nous voulons bien de la peur, mais seulement celle qui nous fait rester debout, pour occuper le présent. Pour faire face à un passé tout fait qui ne demande qu'à être répété par des gens dignes et résignés.
 
90 Incognito
Dans mon quartier, la première chose que l'on apprend c'est l'esquive, l'évitement, une capacité insondable à se soustraire de situations gênantes ou compromettantes. Le danger, notre créature, est toujours déjà-là. On évite certains cafés à certaines heures de la journée. On finasse, on se protège, on s'abstient de se montrer à l'angle de telle ou telle rue. On apprend simplement à retarder l'échéance...tout comme on peut, par défi, descendre ostensiblement la rue en pente.
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#Posté le mardi 24 janvier 2012 19:02

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